Etre homosexuel en entreprise en Côte d’Ivoire : La loi du silence, témoignages des membres de la communauté gay

Etre homosexuel en entreprise en Côte d’Ivoire : La loi du silence, témoignages des membres de la communauté gay

Marginalisés dans une société encore très conservatrice, les homosexuels marchent sur des œufs dans les entreprises où ils travaillent. Cacher sa sexualité reste la seule vraie ligne de défense que la plupart ont trouvé pour protéger leurs emplois. Métiersdici.ci est allé recueillir leurs témoignages.

En dépit de la législation prohibant toute forme de discrimination basée sur l’orientation sexuelle d’un individu, l’homophobie fait rage dans les entreprises. Ange-Thomas, commercial et conseiller communautaire de la communauté gay de Marcory attire l’attention sur la situation. « C’est très grave, quand tu es gay et que tes collègues le savent, tu deviens la risée de tous, ce malgré tes compétentes professionnelles. Après l’obtention de ma licence professionnelle en communication-marketing, j’ai décroché un boulot de commercial dans une société immobilière. Dans un bref laps de temps, j’ai permis à une quinzaine de clients d’acheté des maisons. J’étais la fierté de la société. Mais le jour où mon petit ami, Franck, un jeune homme efféminé est venu me rendre visite au bureau, mes collègues sont allés me calomnier, après son passage, auprès de la direction qui m’a convoqué. Quand j’ai avoué mon homosexualité, j’ai été renvoyé sans préavis ».

Depuis cette expérience douloureuse, ce jeune commercial s’est trouvé un autre emploi où il est bien payé mais cache son orientation sexuelle.

Diaba Stéphane, chargé de communication d’une société d’une microfinance après avoir été victime de plusieurs licenciements a décidé de se mettre à son propre compte pour dit-il vivre pleinement sa sexualité. « Je suis comptable de formation avec l’aide de certains amis j’ai pu créer ma propre boîte. Mais j’avoue que lorsque je vais vers les clients, je fais tout pour cacher ma sexualité car je sais que le jour où certains le sauront c’est sûr, ils ne voudront plus travailler avec moi, car l’une des réalités de notre société, c’est la stigmatisation de l’homosexualité ».

Une chose est sure : ces écarts d'employabilité n'affectent cependant pas de façon homogène l'ensemble des travailleurs homosexuels.

« Moi je suis homosexuelle, j’ai été initiée au lesbianisme par mon professeur de recherche opérationnelle quand j’étais étudiante. Aujourd’hui, je suis chargée de clientèle dans une banque de la place ; au boulot tous mes collègues savent que je suis homosexuelle mais tout se passe bien entre nous », raconte Aminata K.

En entreprise, une sacro-sainte séparation devrait exister entre vies publique et privée. Mais plusieurs exemples montrent que lorsqu’un collaborateur à une orientation sexuelle différente de celle de ses collègues, cela peut polluer l’ambiance et devenir une source d’angoisse difficile à gérer au quotidien. Chose qui peut avoir des conséquences négatives sur le rendement.

La plupart des entreprises tentent d'obtenir un label diversité, attestant de bonnes pratiques en matière de recrutement, d'intégration et de gestion des carrières à l'égard de catégories de populations susceptibles d'être victimes de discriminations. Mais dans les faits c’est le contraire. LGBT (lesbiennes, gays, bi et transsexuels) sont soumis au silence, à la discrétion s’ils ne veulent subir les lois du chômage.

« Moi j’ai la grande dame (VIH-SIDA), je suis un professionnel du sexe. Il faut dire qu’au début de ma maladie, j’ai beaucoup souffert, le personnel soignant d’un centre de santé dont je préfère taire le nom, à peine, s’occupait de moi tout simplement parce que je suis gay ». M. Konaté, prostitué, subit chaque jour les mots discriminatoires pour désigner les professionnels du sexe, par exemple : pute, bordel.

« J’ai grandi dans une famille musulmane, mon père était un homme rigoureux, pour lui c’étaient les études rien que les études et toujours les études. Après mon Bac, j’ai été orienté en comptabilité dans une grande école à Marcory. J’avais des camarades qui fréquentaient les bars et autres boîtes de nuit. J’avais 19 ans et j’étais encore puceau. Un jour dans une boîte un jeune homme au teint clair m’a dragué, au début cela m’a paru bizarre mais avec le temps nous sommes sortis ensemble. J’y ai pris goût et depuis ce temps, seuls les hommes m’attirent », raconte-t-il. Et de révéler : « Quand mes parents ont su que j’étais attiré par les hommes, ils m’ont renié. C’est ainsi que le commerce du sexe s’est imposé à moi. Mais malgré ce rejet, j’arrive à m’en sortir financièrement ce grâce à de bonnes volontés ».

Il ne faut pas se voiler la face, les entreprises ne sont pas les seuls endroits où les gays sont discriminés, il y a des localités où ils sont persona non grata. Les communes qui sont le plus au-devant de la scène sont Abobo, Adjamé, régulièrement dans ces deux localités les gays sont persécutés, battus mis à poil…

Rédaction