image « Le problème de la sécurité privée en Côte d’Ivoire, c’est le manque de suivi »

Bamba Lassine


Consultant et formateur en sécurité privée

« Le problème de la sécurité privée en Côte d’Ivoire, c’est le manque de suivi »

« Le problème de la sécurité privée en Côte d’Ivoire, c’est le manque de suivi »

Ex militaire ivoirien, Bamba Lassiné a exercé durant 16 ans dans le domaine de la sécurité privée aux Etats Unis. Titulaire de plusieurs diplômes en sécurité, il a répondu à l’appelle de l’Etat à la Diaspora et est rentré au pays depuis déjà quelques années. Mettant les connaissances acquises au service des entreprises de sécurité privée et de son pays, ce consultant et formateur en sécurité privée jette un regard sans concession sur le secteur en Côte d’Ivoire. Interview.

Vous étiez au sein de l’armée en Côte d’Ivoire. En 1998, vous êtes parti aux Etats Unis. Pourquoi avez-vous quitté le pays ?

J’ai été dans l’armée durant neuf ans. Une opportunité s’est présentée, je l’ai saisie et je suis parti aux Etats Unis. Là-bas, j’ai exercé dans le domaine de la sécurité durant seize ans. Il y a beaucoup d’opportunités aux Etats Unis en ce qui concerne la formation. Etant employé dans une entreprise, j’approfondissais ma formation dans les différents domaines de la sécurité. C’est de cette façon que j’ai pu obtenir mes diplômes. J’ai travaillé avec beaucoup d’entreprises de sécurité. J’ai commencé dans une qui était spécialisée dans le transfert de fonds. Cette structure m’a envoyé dans une académie pour me spécialiser. Et là, j’ai eu la possibilité de me perfectionner.

Quels sont les diplômes obtenus durant votre parcours ?

J’ai obtenu des diplômes à ‘’Lost prevention of New York’’. La spécialité est la prévention des vols dans les grand, super et hyper marchés. C’est un travail qui consiste à surveiller les établissements tels que les magasins ou les stores recevant du public dont l’activité est la vente d’articles divers. C’est -à -dire comment prévenir les vols, les actes de malveillance et les sources de la démarque interne. Il y a eu ‘’Global school investigation’’ pour les détectives privés et ‘’Letal weapons Training Act 235’’. Celui-ci fournit une certification aux agents employés à titre privé pour porter une arme à feu. Ce certificat allie éducation et formation. C’est le domaine de la sécurité pure.

Qu’est-ce que c’est qu’un formateur en sécurité privée ?

D’abord la sécurité privée, c’est le fait de sécuriser des personnes et leurs biens. Un formateur en sécurité privée est en quelque sorte un instructeur & un éducateur. C’est une personne bien qualifiée qui est chargée de former d’autres personnes et qui en plus de former, éduque. Par exemple, une personne qui ne salue pas ses pairs, nous lui apprenons à dire ‘’bonjour’’ tout en lui apprenant à vivre en société, puisqu’il sera emmené à travailler en groupe et dans une entreprise privée.

Vous avez la nationalité américaine. Pourquoi avoir décidé de revenir en Côte d’Ivoire ?

Malgré l’obtention de la nationalité américaine, j’ai choisi de répondre favorablement à l’appel du gouvernement à l’endroit de la diaspora pour venir apporter ma pierre à l’édifice. Mon retour a vraiment été un succès puisqu’il y avait tout ce dont j’avais besoin pour évoluer ici. Dès mon arrivée, j’ai été mandaté par l’ex ministre de l’Enseignement supérieur, Cissé Bacongo, pour former la police universitaire. C’était une première expérience, ici, en Côte d’Ivoire. Aux Etats Unis, pratiquement toutes les universités ont une police. Cette première expérience a été menée à bien.

Quelles sont les difficultés rencontrées par rapport à votre insertion dans ce domaine ?

Les difficultés relèvent essentiellement des problèmes de personnes. Certains pensent que je suis venu prendre leur place. Certains essaient de me mettre les bâtons dans les roues. Mais j’arrive toujours à surmonter ces écueils. Je suis simplement venu apporter à mon pays ce que j’ai appris aux Etats Unis.

Vous êtes beaucoup sollicité, comment arrivez-vous à respecter tous vos engagements ?

Tout est une question d’organisation. Mon expérience me permet de gérer plus facilement certaines choses. Il faut aussi avoir des personnes qualifiées.

Vous êtes consultant et formateur, quel regard portez-vous sur le secteur de la sécurité privée en Côte d’Ivoire ?

Il n’y a pas de suivi. Dans toute activité, il faut un suivi. Je constate que beaucoup d’agents de sécurité ont reçu la formation, mais ne sont pas suivis sur le terrain. Du coup, ils sont livrés à eux-mêmes et ne font pas correctement le travail. A cela, il faut ajouter l’absence de renforcement des capacités et le manque de matériels. Tous ces éléments réunis font que le travail est biaisé sur le terrain. Cette situation cause vraiment beaucoup de désagréments aux entreprises. Quand un agent dort à son poste, la faute incombe à celui qui l’a formé, parce qu’il ne lui a pas dit qu’on ne dort pas à son poste. Je remarque aussi qu’après signature d’un contrat, certaines personnes vont prendre des individus qui n’ont aucune notion de la sécurité, leur donnent des tenues et les envoient sur le terrain sans une formation préalable adéquate. Il est donc impératif que tous ceux qui sont dans ce domaine comprennent qu’après une formation, il faut suivre et renforcer la capacité de l’agent de sécurité. Dans mon cas, après la formation des agents, je forme d’autres pour le suivi.

Quels conseils pouvez-vous donner aux jeunes qui veulent veulent suivre vos traces ?

Je leur dirais simplement d’avoir le courage, de croire en leurs capacités et d’être patients. Ce n’est pas facile, mais avec le cœur on y arrive toujours.


Une interview de Djakaridja Koné

Rédaction