image « Le Smag dans les entreprises Agro-industrielles doit être supprimé et remplacé par le Smig »

ABEL KARNO


Secrétaire fédéral, chargé de la formation syndicale et de l’éducation ouvrière à la FESACI

« Le Smag dans les entreprises Agro-industrielles doit être supprimé et remplacé par le Smig »

« Le Smag dans les entreprises Agro-industrielles doit être supprimé et remplacé par le Smig »

Positionnement de la FESACI sur l’échiquier syndical national, revendications sociales, nouveau code du travail, SMIG et SMAG, élections sociales…Abel KARNO, Secrétaire Fédéral, chargé de la Formation Syndicale et de l’Education Ouvrière à la FESACI, fait le grand déballage.

Où se positionne la FESACI en Côte d’Ivoire par rapport aux autres Centrales syndicales ?

La FESACI, c’est la fédération des syndicats autonomes de Côte d’Ivoire dirigée par le colonel Traoré Dohia Mamadou. Notre dernier congrès s’est tenu les 8 et 9 octobre 2016 à l’Institut SOTRA d’Andokoi à Yopougon. Cela a permis l’élection de Traoré Dohia Mamadou. Depuis lors, notre structure est au travail. Nous avons un Comité Exécutif composé de 26 membres. Un Secrétariat Général composé de cinq personnes. Nous sommes une Centrale de revendication. Nous nous positionnons dans ce cadre comme une Centrale première en Côte d’Ivoire. La FESACI est affiliée à la CSI (Confédération Syndicale Internationale) qui est une confédération forte dans le monde entier. Et nous nous réjouissons d’être affiliés à cette grande Confédération. 

Dans les années 2011, nous étions 42 organisations. Aujourd’hui, nous avons plus de 200 organisations de base issues de différents secteurs (publics, parapublics, privés et informels) avec environ 550 000 syndiqués au plan national. 
Quel est votre niveau d’implantation au plan national ? 

Il faut souligner que ce sont les syndicats autonomes qui adhèrent à la FESACI. Dans les années 2011, nous étions 42 organisations. Aujourd’hui, nous avons plus de 200 organisations de base issues de différents secteurs (publics, parapublics, privés et informels) avec environ 550 000 syndiqués au plan national. La FESACI est sur toute l’étendue du territoire national. J’avoue que nous sommes beaucoup sollicités par les camarades de l’intérieur du pays.

Quelles sont vos grands acquis à ce jour au plan social ? 

Chaque premier mai est une occasion d’apporter nos revendications au Président de la République. En 2013, nous avions apporté au sommet de l’Etat des revendications qui portaient sur le coût du panier de la ménagère, le coût du loyer. Nous avions expliqué que, par exemple, quand l’on achète un sachet de riz de 5kilos, en réalité, le contenu du sac vaut moins que 5kilos, soit 4,5 kilo mais le prix est le même. Le volume du pain a aussi été réduit. L’huile d’un litre fait 90 cl et le prix n’a pas changé. C’est pareil pour le loyer. L’Ivoirien ne peut plus se loger. Les cautions de location des maisons sont très élevées (5 ou 6 mois). Nous l’avions fait savoir à l’Etat.

C’était en 2013 et aujourd’hui, tout le monde en parle.

Nous avons pris une part active dans l’élaboration du nouveau Code du Travail qui, nous pensons, prend davantage en compte les intérêts du travailleur ivoirien, mieux que le Code du Travail de 1995. Les acquis avec ce nouveau Code sont nombreux.

Nous pensons que le gouvernement a été attentif à nos revendications, car lors d’une réunion de synthèse des revendications, le 1er Ministre d’alors Mr Kablan Duncan nous a rassurés que les revendications sont bien remontées au sommet de l’Etat et que désormais les coûts de location des maisons seront réduits à deux mois de caution et un mois d’avance. Il a affirmé que le Ministre de la Construction devait prendre un arrêté pour mettre cela en vigueur.

Nous avons pris une part active dans l’élaboration du nouveau Code du Travail qui, nous pensons, prend davantage en compte les intérêts du travailleur ivoirien, mieux que le Code du Travail de 1995. Les acquis avec ce nouveau Code sont nombreux tant sur la question de l’employabilité que celle du handicap. Aujourd’hui, sur une entreprise de 100 travailleurs, l’employeur doit employer une personne en situation d’handicap, par exemple.

En tant que défenseur des intérêts des travailleurs, quel regard jetez-vous sur l’application du nouveau SMIG dans les entreprises ? 

 Le Smig valorisé à soixante mille francs n’est pas appliqué dans des entreprises. Quand le travailleur commence à se plaindre, on lui colle une étiquette de rebelle. Il faut trouver un mécanisme d’application et de suivi de ces lois. Dans toutes les zones industrielles aujourd’hui, il y a des inspections de travail. Mais, il y a des travailleurs qui n’ont pas le Smig.

La faute à qui, aux syndicats ou à l’Etat ? 

La loi dit que l’inspection du travail doit aller vérifier ce fait au sein de l’entreprise. Certaines le font et d’autres pas. Nous, en tant que Centrale Syndicale, il ne nous revient pas d’aller faire une vérification dans une entreprise. Mais, nous avons qualité pour faire appliquer ce SMIG. C’est-à-dire que lorsque des syndiqués nous remontent l’information, automatiquement, nous nous en saisissons et par la revendication, nous faisons appliquer la loi avec un rappel.

Et au niveau du SMAG ? 

Le souci, c’est au niveau du Smag qui concerne uniquement l’agriculture. Nous avions été dans une entreprise de près de neuf mille travailleurs dans la ville de Grand Bereby. Après notre visite, nous avons constaté que cette entreprise est agro-industrielle et non agricole. Les travailleurs de cette entreprise utilisent des machines de dernière génération. L’huile est produite sur place. Tout ceci pour dire que cette entreprise devrait payer les employés au Smig. L’argument que ces sociétés avancent pour ne pas le faire, c’est de dire qu’ils logent le travailleur. Mais cela reste toujours insuffisant.

Nous estimons qu’il faut une franche discussion avec les employeurs du secteur agricole pour qu’ils se décident à payer leurs travailleurs au Smig. Car dans la plupart des cas, ils ont des entreprises agro-industrielles et non de simples entreprises agricoles. La position de la FESACI est toute simple, le Smag doit être supprimé et remplacé par le Smig.

Les travailleurs de maisons au SMIG, cela coince toujours. Pourquoi ? 

Les travailleurs de maison sont aujourd’hui payés au Smig. Je connais des employeurs qui payent au Smig. D’autres dépassent largement le Smig. C’est une obligation. Si l’employeur ne le fait pas, le jour où il y a rupture et que l’employé se rend à l’inspection du travail, l’employeur sera sommé de payer avec rappel, parce que le barème du salaire existe depuis 2015. C’est de 60 000 à 83 250 qui équivaut au maitre d’hôtel soit 7e catégorie.

Mais il semble qu’ils n’en sont pas informés… 

Une très grande majorité des travailleurs de maison savent que le Smig a changé. Ils n’en font pas la revendication auprès de leurs employeurs. Mais dès qu’il y a rupture de contrat, ils se rendent automatiquement à l’inspection du travail. Pour vérifier, l’inspection du travail va exiger un bulletin de salaire. Dans le cas contraire, les 60 000 sont appliqués.

Il faut se battre pour être parmi les trois meilleures. Au niveau de la FESACI, nous avons fait du chemin. Nous sommes dans une phase d’implantation. Ce qui fait qu’au sein du Comité Exécutif (2016-2020), nous avons créé un Secrétariat spécial chargé de l’implantation et de la syndicalisation. 
Les élections sociales sont annoncées pour désigner les centrales fortes qui seront les interlocuteurs de l’Etat. Comment vous les préparez ? 

Nous poursuivons l’installation de nos bases et échangeons avec les travailleurs sur toute l’étendue du territoire national. Nous expliquons qu’il y aura une élection qui consistera à designer des centrales fortes (3 centrales) avec qui l’Etat discutera des problèmes des travailleurs. Ces élections qu’on appelle élections sociales ont un enjeu. Il faut se battre pour être parmi les trois meilleures. Au niveau de la FESACI, nous avons fait du chemin. Nous sommes dans une phase d’implantation. Ce qui fait qu’au sein du Comité Exécutif (2016-2020), nous avons créé un Secrétariat spécial chargé de l’implantation et de la syndicalisation.

Dans quel secteur d’activité la FESACI est le plus représentatif ? 

Nous avons des syndiqués dans tous les secteurs. A la création de la FESACI en 1992, c’était uniquement le public. Depuis 2000, nous sommes bien représentés dans le privé. Nous sommes aussi présents dans le secteur informel à travers le transport. Nous avons une bonne faitière avec près de 15 syndicats de base de transporteurs.

Il faut impérativement un mécanisme de suivi et d’application de ces lois. A l’instar de la haute autorité de la bonne gouvernance, il faut une haute autorité de suivi des lois et décrets pris par l’Etat 
Quelles revendications allez-vous portez en 2018 ?  

Nous allons continuer de mettre la pression, surtout en ce qui concerne la cherté de la vie. Il y a des contrôleurs au niveau du ministère du Commerce. Mais, c’est sur le terrain que tout se passe. L’Etat fait ce qu’il peut à travers les lois et les décrets. Il faut impérativement un mécanisme de suivi et d’application de ces lois. A l’instar de la haute autorité de la bonne gouvernance, il faut une haute autorité de suivi des lois et décrets pris par l’Etat.

Nous allons continuer le combat afin que le travailleur en Côte d’Ivoire puisse se loger décemment ; pour que le commerçant puisse louer son magasin. Nous allons toujours recenser les revendications pour les porter au sommet de l’Etat. 

Rédaction