M. Martin Attah, Président de l’ANAQUACI : « Nous ne produisons pas assez de poisson pour pouvoir arrêter l’importation »

M. Martin Attah, Président de l’ANAQUACI : « Nous ne produisons pas assez de poisson pour pouvoir arrêter l’importation »

Monsieur Martin ATTAH est un acteur important dans le secteur de la pisciculture en Côte d’Ivoire. Président de l’Association nationale des aquaculteurs de Côte d’Ivoire(ANAQUACI), il parcourt le pays pour dynamiser la filière aquacole. C’est dans sa ferme, dans le département d’Agboville, que nous l’avons rencontré pour passer en revue l’actualité de la filière et de l’association qu’il dirige.

Votre secteur comme tout autre connait diverses difficultés; quelles sont celles qui le menacent le plus ?

La principale difficulté de notre activité provient du fait que le marché est inondé par un type de poisson importé. Car pour nous, il ne fait pas de doute que le poisson d’importation tue la pisciculture. Lorsque ce type de poisson importé est vendu sur le marché à un prix dérisoire pendant que les pisciculteurs font d’énormes investissements, il est évident que ceux-ci ne soient pas compétitifs sur le marché.

C’est la raison pour laquelle nous avons commencé à nous réunir pour parler d’une même voix.

Au fur à mesure, nous nous sommes rendus compte que le poisson d’importation constituait une menace certes, mais il fallait que nous-mêmes nous nous organisions efficacement pour produire en quantité et en qualité afin que l’importation de poisson ne se justifie plus.

Le poisson produit localement et tout de suite à pour lui la qualité et la fraîcheur ; ce qui est loin d’être le cas pour le poisson importé qui peut rester resté six (06) mois, voire un (01) an dans des congélateurs.
L’ANAQUACI a été créée il y a de cela 8 années. Avez-vous atteint cet objectif ?

On ne crée pas une association pour atteindre un seul objectif. C’est comme dans la vie, au fur à mesure de l’évolution, il y a de nouveaux challenges qui se présentent avec de nouveaux objectifs.

Nous n’avons pas réussi à endiguer l’entrée massive du poisson importé parce que chemin faisant nous nous sommes rendus compte que nous ne produisons pas assez.

Or la population a le droit d’avoir du poisson. Nous avons donc le devoir de nourrir cette population. La sécurité alimentaire commande qu’un pays prenne en main son destin en produisant lui-même ce qu’il mange au lieu d’attende d’être nourri par un tiers.

C’est dans cette optique que nous inscrivons nos nouveaux objectifs. Il faut que nous puissions produire suffisamment. A partir de ce moment, nous évincerons la concurrence déloyale des produits importés.  D’autant plus que le poisson produit localement et tout de suite à pour lui la qualité et la fraîcheur ; ce qui est loin d’être le cas pour le poisson importé qui peut rester resté six (06) mois, voire un (01) an dans des congélateurs avant la consommation.  

La plus forte concentration de pisciculteurs se trouve dans le centre-ouest, dans la zone de Daloa et de Soubré
Combien de membre compte l’ANAQUACI ?

Le nombre de pisciculteurs s’élèvent à 1600.

Sur toute l’étendue du territoire ?

Oui.

Dans quelle région y a-t-il le plus de concentration ?

La plus forte concentration de pisciculteurs se trouve dans le centre-ouest, dans la zone de Daloa et de Soubré. Nous avons un autre type de concentration due à l’avènement du projet Bad-Ouest dans l’ouest montagneux.

La production nationale est relativement faible parce que nous sommes autour de 10.000 tonnes l’année. Les chiffres varient parce que les statistiques comportent des lacunes et ne sont pas correctement tenues à jour.
Qu’en est-il des régions du Nord ?

La pisciculture y est développée. La preuve, nous avons un multiplicateur à Odienné. Tous les fleuves qui sont au sud prennent leur source au nord. On a tendance à l’oublier en croyant qu’il n’y a qu’au sud où il y a de l’eau. Il y a de l’eau au nord et il y a des gens qui s’adonnent à la pisciculture au nord. On ne voit que le coton, l’anacarde et autres. Certes, le poisson y est marginal, mail il existe.

Quelle est la taille de la production nationale au niveau de la pisciculture ?

La production nationale est relativement faible parce que nous sommes autour de 10.000 tonnes l’année. Les chiffres varient parce que les statistiques comportent des lacunes et ne sont pas correctement tenues à jour.

Aujourd’hui, la tendance, ce sont les aliments qui flottent. Cette dernière catégorie d’aliments permet aux poissons de mieux se nourrir.
Quelles sont les actions entreprises, justement, pour booster la production ?

Il faut inciter les pisciculteurs à la bonne pratique aquacole. Il n’y a que cela qui peut permettre à chacun de booster sa production. Nous disons à nos membres d’être en permanence à l’écoute, de prendre part assidument aux formations. Il y a de nouvelles souches qui sont beaucoup plus rentables et productives. Il faut aller les chercher.

Il y a aussi les aliments. Avant, nous avions de la poudre qu’on jetait dans l’eau, pour nourrir les poissons et dont l’efficacité n’était pas avérée. Ensuite, nous sommes passés à des aliments qu’on jette dans l’eau et dont une bonne partie se perd dans la vase. Aujourd’hui, la tendance, ce sont les aliments qui flottent. Cette dernière catégorie d’aliments permet aux poissons de mieux se nourrir. Pour savoir ces bonnes pratiques, la formation est cruciale. C’est ce message que nous portons auprès des pisciculteurs en les organisant et en les sensibilisant.

L’orpaillage clandestin constitue un autre gros problème avec la pollution des cours d’eau. On ne va pas élever des poissons dans des cours d’eaux pollués au mercure et aux métaux lourds.
Et en ce concerne l’incitation des Ivoiriens à s’investir dans la pisciculture ?

Nous avons aujourd’hui beaucoup d’hévéaculteurs qui n’ont jamais été appelés. Ils y sont venus tout simplement parce qu’ils ont vu l’intérêt de s’adonner à cette culture. Seulement, en ce qui concerne le poisson, comme le monde paysan est très discret, les gens ne déclarent pas leurs revenus ou en disent très peu. Aussi le citoyen lambda ne sait pas que c’est une culture rentable.

Un kilogramme de poisson se négocie à 1500 Fcfa, voire 2000. A votre avis, combien faut-il vendre de kilogrammes d’hévéa ou de cacao pour acheter un kilogramme de poisson ? Quand on sait que l’hévéa subi actuellement une détérioration des termes de l’échange. Combien faut-il de kilogrammes de palmier à huile pour un kilogramme de poisson. Le calcul est assez simple. Nous organisons donc des tournées pour encourager les pisciculteurs et ceux qui s’intéressent à la pisciculture afin que l’on sache qu’il y a de l’argent à gagner dans l’élevage du poisson.

Mais les conditions pour installer une ferme semblent de plus en plus compliquées aujourd’hui…

Les conditions commencent en effet à devenir difficiles.  Le principal problème, c’est le foncier. L’orpaillage clandestin constitue un autre gros problème avec la pollution des cours d’eau. On ne va pas élever des poissons dans des cours d’eaux pollués au mercure et aux métaux lourds. Du coup, il faut que les futurs pisciculteurs se rapprochent des centres qui peuvent leur donner des conseils adéquats. Nous sommes à leur disposition.

Fournir aux pisciculteurs des kits. Organiser des plateformes à l’attention des jeunes, leur distribuer du poisson et des quantités de ration alimentaires, et puis leur donner la formation qui va avec.
En tant qu’association vous faites votre part pour dynamiser le secteur. Qu’en est-il de l’Etat ?

L’Etat essaie de jouer sa partition. Mais il faut allez plus loin. Car si la Côte d’Ivoire est le premier producteur de cacao au monde ce n’est pas parce que nous avons cinq (05) gros producteurs qui font chacun des milliers de tonnes de fèves par an, non. C’est tout simplement parce qu’il y a des milliers de petits producteurs dont certains ont à peine un demi hectare.

Pourquoi ne pas le faire pour la pisciculture ?  Fournir aux pisciculteurs des kits. Organiser des plateformes à l’attention des jeunes, leur distribuer du poisson et des quantités de ration alimentaires, et puis leur donner la formation qui va avec. Une fois qu’on aura installé 2000, voire 4000 pisciculteurs, on attendra d’eux qu’ils produisent et ils produiront.

Mais tant que les gens seront obligés d’y aller par eux-mêmes, c’est difficile. Le premier problème, c’est le foncier. Quand on est jeune, on n’a pas de terre. Un jeune n’a pas les moyens de créer une pisciculture. Il le fera sur la terre de qui ? Aujourd’hui, une bataille féroce est livrée autour des terres. Cet aspect des choses, c’est à l’Etat de le gérer.

Quelles sont les prochaines actions de l’ANAQUACI ?

Notre volonté au niveau du secteur aquacole, c’est de pouvoir nous organiser en interprofession. C’est en étant organisé en interprofession que nous pourrons créer une plus grande synergie d’actions et attirer le regard des pouvoirs publics sur un certain nombres de choses.  Le financement des aquaculteurs reste un de nos combats et nous voulons faire en sorte de faciliter l’obtention de prêts de nos membres auprès des institutions bancaires.

Rédaction