Absence d’électricité et d’eau courante, salles de classe de fortune, insalubrité : les conditions extrêmes des jeunes enseignants

Absence d’électricité et d’eau courante, salles de classe de fortune, insalubrité : les conditions extrêmes des jeunes enseignants

Ne sont-ils pas les missionnaires de notre époque, ces jeunes enseignants fraichement sorties des CAFOP et qui endurent des conditions extrêmes comme le manque d’électricité, l’absence d’eau courante, les salles de classes de fortune, l’insalubrité, l’inexistence d’Internet, les nombreuses lacunes des élèves, dans des villages difficiles d’accès et encore hermétiques à la modernité ? Ces enseignants qui apportent le savoir aux enfants de la Côte d’Ivoire dans ces conditions sont tout simplement stoïques. Metiersdici.ci a rencontré certains. Reportage.

En Côte d’Ivoire, l’école est un droit pour tous que l’on soit dans une des grandes métropoles comme Abidjan ou dans un hameau reculé, au fin fond du pays. Mais les enseignants chargés d’éduquer les enfants ivoiriens ne sont pas logés à la même enseigne. Un grand nombre parmi les instituteurs qui sortent des CAFOP ces dernières années sont affectés dans les campagnes pour y combler le déficit en enseignant et donner corps à la volonté de l’Etat de rendre l’école accessible à tous les enfants du pays. Les sacrifices qu’ils doivent alors consentir demandent beaucoup de conscience professionnelle.

Jeunes, branchés, citadins au bout des ongles, universitaires souvent, ces instituteurs doivent s’adapter à des conditions de vie austères. Mlle Oussou Affoué Rose, institutrice en classe de CP1 à l’école primaire publique de N’Gatta Kouakoukro, localité située à 25 km de la ville de Bonon et à 35 km de Bouaflé. Dans ce village non électrifié, dépourvu en eau courante, les populations n’ayant plus que les marigots pour se fournir en eau, l’école de 6 classes compte un bâtiment de trois (03) classes en dur et trois (03) classes en matériaux de fortunes (Paille, sachets).

Pour son école, Rose doit dépenser 12.000 FCFA au minimum, chaque semaine, à cause de l’état de la route. Des efforts qui, elle le reconnait, ne sont pas récompensés au vu des piètres résultat de ses élèves : « Il est inconcevable que pour ce premier trimestre qui s'achève, mes élèves aient une moyenne de 03,75 bien qu’ils aient une enseignante comme moi, assidue et ponctuelle », regrette-t-elle.

Selon cette enseignante, les élèves dans le village ont trop de lacunes, faute d’électricité pour étudier à la maison. « Je vais accentuer les efforts. Nous allons maximiser leur chance d'avoir la moyenne au deuxième trimestre avec les cours de renforcement. Ils vont s'en sortir à ce rythme », promet-elle, loin d’être découragée.

Pourtant, elle et ses collègues de N’Gatta Kouakoukro ne sont pas au bout de leur peine. « Ici, Il y a un et unique endroit sur une montagne, à 01 km d’ici, où tous les détenteurs de téléphones portables se rendent pour leurs communications », relève-t-elle. Renchérissant aux propos de sa collègue, Dossongui Armel explique qu’ils ne sont pas encore à l’heure du numérique, ici. « Nous sommes encore au 18ème siècle ». Cet instituteur fulmine également contre l’état de la route entre la ville de Bonon qui abrite l’inspection de l’enseignement primaire et le village : « Nous sommes régulièrement victimes des coupeurs de route à cause de l’Etat de dégradation avancée de la route ».

 Autre sujet qui fâche : l’insalubrité. Dans les maisons où ils sont logés, les problèmes de sanitaire le disputent à la précarité de certains matériaux de construction, en banco. « La plupart des toilettes ne sont plus en état de fonctionner. Les défécations se font à l’air libre, en brousse », confie Bilé Patrick, enseignant depuis 3 ans

.Les enseignants logés à la cité « Projet FRAR » ne sont pas mieux lotis, bien que cette cité ait été construite avec du matériel moderne en prévision de l’évolution du village. Mais faute de l’entretien adéquat, tout se dégrade pour le malheur des occupants des lieux. Matériaux de construction dégradés, sanitaires en souffrance, canalisation bouchée…, font partie de leur quotidien : « Il y a des paliers où l'eau des fosses septiques coule jusque dans les chambres », s’indigne Bilé.

N’Gatta Kouakoukro concentre à lui seul les défis auxquels doivent faire face les instituteurs dans les hameaux et villages ivoiriens pour garantir la formation de base des enfants du pays. Malgré les incidences que cette situation peut avoir sur la qualité de l’enseignement, ces écueils n’entament pas pour autant leur ardeur et leur acharnement.


Y.Kouamé

Rédaction