Cours d’alphabétisation : La nouvelle arme d’autonomisation et de succès social

Cours d’alphabétisation : La nouvelle arme d’autonomisation et de succès social

Dans la Région de la Marahoué, les cours d'alphabétisation sont devenus aujourd'hui une "arme" pour beaucoup de personnes, notamment les femmes, dans la gestion de leur commerce, de leur vie de couple.

Il est 16h ce mercredi 1er Novembre 2017, au grand marché de Bouaflé. Mariam qui tient son étale de poissons est rejointe par trois autres commerçantes. Il s'agit de Eugénie, vendeuse de bananes plantains, Colette, vendeuse en gros de vivriers et de Adja, restauratrice. Les quatre dames ont une préoccupation commune : « Faire fructifier leur business ». Comme stratégie pour y arriver, ces braves dames, ont choisi de ‘’faire les bancs’’.

Et aujourd'hui, elles disent ne pas regretter leur choix. « Les cours d'alphabétisation, m'ont permis d'être une citoyenne moderne aujourd'hui. Quand je vais en brousse pour mes achats, les pisteurs n'arrivent plus à me voler sur le poids normal et réel de mes marchandises. Avant, pour un carton de tomates qui pesait 20 kg, le pisteur indiquait 25, voire 30 kg. Désormais, c'est impossible. Car je sais lire et écrire », explique Colette. Ce Jeudi, elles avaient cours dans un magasin aménagé par Bamba Mamadou, leur encadreur.

Sur les lieux, nous sommes tout de suite surpris par la moyenne d'âge des apprenants et la faible représentativité masculine. La majorité a dépassé la quarantaine. Nos quatre premières interlocutrices vont encore suivre cette année six mois de formation assidue en calcul, lecture et écriture. « Nous voulons vraiment maîtriser le français et les calculs », ont-elles soutenu. Quant à dame Doumbia, elle dit être venue s'inscrire pour ses six premiers mois d'Alphabétisation. « Je veux bien suivre l'éducation de mes enfants. Également, je veux pouvoir écrire des messages à mon homme à partir de mon portable, lire les factures et établir mes reçus lors de mes opérations commerciales » , s'est-elle justifiée.

Sauver son emploi. Traoré Souleymane fait partie des rares homme fréquentant ce centre d'alphabétisation. Approché, il révèle être chauffeur coursier dans une entreprise de la place. « Je dois mon poste à mon beau-frère. Mais le problème, c'est que je ne savais pas lire et écrire. Pour un coursier, c'était la catastrophe. Mais depuis que je suis ici, j'ai moins de stress. Les courses que je faisais en 2h, je les réalise désormais en 1h. Je lis aisément les panneaux de signalisations, les écriteaux dans les bureaux », s'est-il réjoui.

Bamba Mamadou, l'encadreur explique que sa décision d'enseigner les adultes est partie d'un fait. « J'ai perdu mon premier fils, tout simplement, parce que ma mère chez qui il s'était rendu pour les vacances en 2013 s'est trompée dans la posologie de son médicament. Analphabète, elle donnait trois comprimés en une prise alors que le médecin lui recommandait un comprimé matin, midi et soir. Comme elle voyait les trois traits sur l'emballage du médicament, elle a pensé que c'était trois comprimés par prise. Face à ce drame, j'ai décidé de combattre l'analphabétisme », a-t-il relaté avec beaucoup d'émotions. 

Dans sa classe, il ne reçoit que 20 apprenants qui paient chacun 1000f par mois. Avec cet argent, Il paie le loyer fixé à 15000 fcfa. « C'est vraiment du social que je fais », affirme-t-il.

De l’école Dioulabougou, à l’école BAD, en passant par l’école Déhita, ainsi qu'à l’école Kablan Koizan Thomas, toutes de Bouaflé et Sinfra, ils sont de plus en plus nombreux à opter pour ces cours d'alphabétisation.


Guillaume Kouamé

Rédaction