image Doyen des géomètres-experts ivoiriens

Brahima Traoré


Géomètre-expert, Directeur-fondateur du cabinet ETRA-TOPO

Doyen des géomètres-experts ivoiriens

Doyen des géomètres-experts ivoiriens

Dans le milieu restreint des Géomètres-experts ivoiriens, Brahima Traoré, Directeur-fondateur du cabinet ETRA-TOPO, est un nom qui fait autorité. 48 années de pratique et d’expertise dans le métier, des missions de portée internationale, une clientèle pourvoyeuse de grands travaux parmi les plus importante du pays, auront fait de lui une encyclopédie vivante qui n’hésite pas à tendre la main aux plus jeunes dans la profession.

Une expérience longuement éprouvée

Doyen des géomètres-experts de Côte d’Ivoire et vice-président du Conseil national de l’Ordre des géomètres-experts, ce diplômé de l’Ecole normale supérieure des travaux publics (ENSTP), actuelle Ecole supérieur des travaux publics (ESTP) en 1969 fait partie des premières générations de l’ENSTP. « J’appartiens à la 2ème promotion de l’Ecole des travaux publics des géomètres-experts. La première promotion était formée au Lycée technique. Quand l’ENSTP a été créée, ceux qui étaient en deuxième année y ont été transférés, faisant d’eux du coup la première promotion de l’école. Ma promotion appartient à celle d’après. », rappelle-t-il.

Son diplôme de technicien supérieur géomètre obtenu, il choisit de déposer ses valises à l’Institut géographique de Côte d’Ivoire, cela pendant 4 ans. Il aura à diriger des missions délicates comme la démarcation de la frontière de la Côte d’Ivoire avec le Ghana, de la Volta noire à Aboisso, pour le compte du Bureau national d’études techniques et de développement (BNETD), à cette époque-là Bureau central d’études techniques (BCET).

Puis désireux de se perfectionner et de passer au grade supérieur, il met le cap sur l’Europe, d’abord en Belgique, ensuite en Suisse…Pour sortir ingénieur.Une fois rentré au pays, il s’oriente vers l’enseignement. Il donnera des cours pendant 2 ans à l’INPHB de Yamoussoukro en tant que professeur permanent de topographie générale et de topographie appliquée au Génie civil et au Génie rural.

Mais insatiable de connaissance, sa volonté de se perfectionner dans son métier le conduit à nouveau sur la route de l’Europe, vers ce pays qui est devenu sa destination favorite, la Suisse, pour une formation complémentaire de 3 ans.

A son retour, cette fois-ci auréolé du parchemin de Géomètre-expert, il dirigera, pendant 3 ans, de 1988 à 1991, un cabinet célèbre qui a réalisé tous les grands travaux publics de Yopougon, plus grande commune de Côte d’Ivoire.

Celui qui répète à l’envie que le géomètre-expert est un chef d’entreprise à part entière s’installe à son propre compte en 1992, en créant le cabinet ETRA TOPO.

Le chef d’entreprise

A la tête d’une équipe de géomètres-experts, d’ingénieurs, de techniciens supérieurs dans son cabinet, ETRA TOPO, situé au carrefour de l’université Felix Houphouët-Boigny de Cocody et de l’Ecole de police, entre le boulevard François Mitterrand et le terrain de sport de l’université, le chef d’entreprise Brahima Traoré, est un homme très occupé. De gros clients. Des chantiers pressants. Mais passionné de son métier, une profession extrêmement importante dans le BTP et autres mais perçue à travers des œillères, il trouve le temps de quelques échanges avec metiersdici.

« Le géomètre est un homme de terrain. Ce matin, il ne reste sur place que le personnel administratif. Tous les ingénieurs et techniciens sont sur le terrain », nous avertit-il d’entrée. Puis s’en suivent des échanges passionnants, des témoignages croustillants, et surtout un regard sans concession sur le métier forgé par sa longue pratique.

Ce que la loi nous offre comme champ d’activité est énorme. Malheureusement, chez nous, on croit que le géomètre est celui-là qui doit juste aller borner le terrain.

Un regard intransigeant sur le métier

Quand il parle de son métier, il aime se référer à la loi qui confère un large champ d’action au géomètre-expert. En effet, selon l’article 1 de la loi N 70 487 du 3 aout 1970, la profession de géomètre - expert est une profession libérale, exercée par un technicien qui en son propre nom et sous sa responsabilité, personnelle, lève, dresse, à toutes échelles les documents topographiques, les plans des biens fonciers, procède à toutes opérations techniques ou études, telles que définies ci – dessous :

  • les plans de propriétés rurales et urbaines ;
  • les plans parcellaires ruraux et urbains ;
  • les plans de division et de situation ;
  • les délimitations et bornages de propriétés ;
  • les plans d'exploitations agricoles ; les plans de carrières ;
  • les mesurages de précisions d'équipements sportifs en vue de l'homologation de performances ; les levers d'architecture ;
  • les nivellements, profils, cubatures de terrains et de matériaux ;
  • les triangulations et polygonations de base ;
  • les plans d'alignements de routes ;
  • les plans continus de voies ferrées ;
  • les plans de gares ;
  • les plans topographiques côtés pour études diverses ;
  • les études, projets, implantation et direction de travaux concernant : lotissements, routes, voies ferrées, les lignes électriques, pipe-lines, les améliorations foncières telles que remembrements, drainages, irrigations, lutte contre l'érosion, adduction d'eau, chemins ruraux ;
  • les travaux cadastraux ; les désignations parcellaires et état de lieux ; les expertises foncières, agricoles et forestières, estimations, partages, échanges ;
  • la gestion et l'administration des biens privés fonciers ;
  • les mesurages de récoltes et pesées géométriques.

Aujourd’hui, je sais qu’il y a plus de 300 ivoiriens qui ont le diplôme d’ingénieur géomètre, mais nous n’avons même pas atteint la cinquantaine inscrit au tableau en Côte d’Ivoire.

Mais le doyen des géomètres-experts ivoiriens dénonce la méconnaissance ou le mépris de la loi qui réduit le géomètre-expert à sa plus simpliste expression. « Ce que la loi nous offre comme champ d’activité est énorme. Malheureusement, chez nous, on croit que le géomètre est celui-là qui doit juste aller borner le terrain. C’est déplorable de constater que la Côte d’Ivoire est organisée de telle sorte que même si vous êtes experts, vous êtes soumis à quelqu’un de moins qualifié que vous », s’insurge-t-il.

Il déplore également le faible taux de géomètres-experts ivoiriens dû à plusieurs facteurs.

« Aujourd’hui, je sais qu’il y a plus de 300 ivoiriens qui ont le diplôme d’ingénieur géomètre, mais nous n’avons même pas atteint la cinquantaine inscrit au tableau en Côte d’Ivoire. A titre de comparaison, dans les années 1970, un pays comme la Suisse qui fait le 1/7 de la Côte d’Ivoire comptait plus de 250 cabinets de géomètres-experts »,

C’est un métier très exigeant où l’expert doit travailler sous sa propre responsabilité. Il faut que l’on assure qu’il ait les moyens de l’assumer. C’est une profession qui nécessite aussi des équipements lourds en plus d’avoir la capacité de diriger une entreprise. Donc les jeunes préfèrent la fonction publique, avoir des emplois sûrs, ils ne veulent pas prendre de risques. Sinon, aujourd’hui, il y a de la place pour 1000 géomètres-experts en Côte d’Ivoire

L’une des raisons qui explique le peu de cabinets de géomètres-experts en Côte d’Ivoire se trouve, selon M. Traoré dans l’état d’esprit des Ivoiriens qui seraient selon lui des partisans de la facilité. « Les uns et les autres refusent de se sacrifier pendant deux ou trois ans pour remplir les conditions rigoureuses qui sont posées. Or c’est un métier très exigeant où l’expert doit travailler sous sa propre responsabilité. Il faut que l’on assure qu’il ait les moyens de l’assumer. C’est une profession qui nécessite aussi des équipements lourds en plus d’avoir la capacité de diriger une entreprise. Donc les jeunes préfèrent la fonction publique, avoir des emplois sûrs, ils ne veulent pas prendre de risques. Sinon, aujourd’hui, il y a de la place pour 1000 géomètres-experts en Côte d’Ivoire ».

Le pire, c’est que comme nous ne sommes pas là, beaucoup de non experts font ce travail à notre place et naturellement, ils le font mal. Vous verrez que parmi les choses les plus courantes en Côte d’Ivoire, il y a les conflits fonciers. En Côte d’ivoire, la difficulté c’est que chacun veut faire le travail de l’autre au lieu de faire son propre travail, de se perfectionner

La Côte d’Ivoire étant un pays en voie de développement, avec un besoin crucial d’infrastructures, le géomètre-expert dénonce le laxisme de l’Etat qui n’accompagne pas suffisamment la profession.

« L’état ne permet pas à cette profession de se développer normalement. Quand je faisais mes études, il y avait des collègues suisses et autres dont les études étaient financées par les banques. Je me rappelle que quand j’ouvrais mon cabinet, les banques me tournaient le dos regrettant qu’il ne s’agisse pas d’une pharmacie, jugée plus rentable. C’est une profession qui n’a pas été accompagnée. A tel point que tout est confondu aujourd’hui. Beaucoup de géomètres dans le cadre de leur travail sont obligés de s’adresser à des particuliers qui financent. Le pire, c’est que comme nous ne sommes pas là, beaucoup de non experts font ce travail à notre place et naturellement, ils le font mal. Vous verrez que parmi les choses les plus courantes en Côte d’Ivoire, il y a les conflits fonciers. En Côte d’ivoire, la difficulté c’est que chacun veut faire le travail de l’autre au lieu de faire son propre travail, de se perfectionner ».

« Spécialiste de la mesure et faiseur de paix »

Avec sa formation à base scientifique, technique et juridique, le géomètre-expert est un spécialiste de la mesure. A l’instar de Traoré Brahima, les géomètres-experts ivoiriens se sont parfaitement adaptés aux nouvelles technologies dans le métier. Logiciels de dessins, logiciels de calculs typométriques, relevés numériques, GPS professionnel, drones…, ont remplacé des techniques anciennes comme la visée sous le soleil, l’astronomie de position et facilité le travail des professionnels. S’il considère que le métier a la même science de base que la recherche spatiale, une ressemblance avec l’armée et qu’il est l’un des plus vieux au monde, Traoré Brahima souligne surtout sa capacité à assurer la paix que ce soit pour faire la démarcation d’une frontière, d’organiser la co-propriété, etc.

LE CV

EXPÉRIENCES PROFESSIONNELLES
  • 1990-1988 : Géomètre-expert-agrée-directeur technique du cabinet ETF
  • 1988 1987 : Ingénieur géomètre-groupement CCGA-DUMEZ (implantation de la basilique de Yamoussoukro
  • 1981-1983 : Professeur à l’Ex. ENSTP, aujourd’hui INPHB de Yamoussoukro Cours de topographie générale (théorie-travaux pratiques-calculs) ; cours de topographie appliquée au Génie civil et au Génie rural
  • 1978-1981 : Ingénieur géomètre-chef de mission ex.BCET aujourd’hui BNETD (levées topographiques pour diverses études (architecture, urbanisme, routes, vrd)
  • 1969-1973 : Technicien supérieur géomètre-institut géographie de Côte d’Ivoire (BNETD)
  • Chef de brigade du programme d’assistance cartographique des nations unies à la Côte d’Ivoire
  • Chef de brigade puis chef de mission chargé de la démarcation de la frontière Ghana-Côte d’Ivoire
FORMATION
  • 1983-1986 : Complément de formation à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (section géomètre et génie civil) et au centre d’hydrogéologie de l’université de Neuchatel (3ème cycle) : Suisse
  • 1974-1978 : Ecole d’ingénieurs de l’Etat de Vaud à Lausanne puis Yverdon(Suisse) section Mensuration et Génie civil Juillet-septembre
  • 1978 : Stage à l’Ecole des opérateurs photogrammètres de Saint-Galls (Suisse)
  • 1965-1969 : Ecole normale supérieure des travaux publics d’Abidjan- cycle des techniciens supérieurs géomètres

A.S.K