Elevage de poisson : Conditions et processus complexes, mais bonne rentabilité

Elevage de poisson : Conditions et processus complexes, mais bonne rentabilité

La Côte d’Ivoire est un gros consommateur de poisson. A côté de la pêche (industrielle ou artisanale) ou encore du poisson importé qui approvisionne le marché local, l’on trouve plus de 1600 pisciculteurs dont la production annuelle avoisine les 10 000 tonnes par an. Metiersdici.ci s’est rendu sur la ferme aquacole de M. Martin ATTAH, Président de l’ANAQUACI (Association nationale des aquaculteurs de Côte d’Ivoire), dans le village d’Offoumpo, localité située à 20 kilomètres d’Agboville et à 133 kilomètres d’Abidjan, pour voir de près ce à quoi ressemble une exploitation destinée à l’élevage du poisson. Et toucher aussi du doigt les réalités de ce type de culture vouée à la promotion du développement durable.

Au milieu de la forêt luxuriante de la campagne d’Offoumpo, la ferme aquacole de type familiale de quatre (04) hectares est un havre de tranquillité où les travailleurs vaquent sereinement à leurs occupations dont une bonne partie consiste à plonger régulièrement dans l’eau froide des bassins.

De route, difficile de la voir, cachée qu’elle est par la broussaille. « C’est une clôture naturelle. Cela évite d’avoir à recruter un gardien », explique le propriétaire des lieux, M. Martin Attah. Il faut affronter une piste et traverser un champ d’hévéa avant de voir, cernés par les bois, les énormes retenues d’eau et les carrés d’étangs, marques distinctives d’une ferme d’aquaculture.

Dans la profession, nous étions confrontés à un manque d’alevins de bonne souche ; ceux qui existaient étant frappés de nanisme. En d’autres termes, nous avions beau grossir ces alevins, ils ne dépassaient guère les 300 grammes au bout de 12 mois, voire 18.

Dans cet environnement champêtre pittoresque, il s’agit d’élevage de poisson d’eau douce, à savoir le tilapia (communément appelé carpe), le silure très prisé dans la région, le célèbre cameroun, et en quantité moindre, le mâchoiron. Il en sort cinq (05) tonnes par an. Une production en constante progression qui dénote de la passion de l’homme pour la pisciculture et de sa persévérance, lui qui s’est lancé dans cette activité sans en être un professionnel. « Nous avons commencé en 2006 sur une petite parcelle qui n’a rien à voir avec ce que vous voyez aujourd’hui. Nous avons dû faire appel à des techniciens qui nous ont aidés et conseillés à obtenir ces résultats-là », explique-t-il.

Aujourd’hui, en pisciculteur aguerri et averti, il conseille nombre de personnes désireuses de faire de l’élevage de poisson et qui le sollicitent, étant par ailleurs le président de l’Association nationale des aquaculteurs de Côte d’Ivoire (ANAQUACI).

Un processus de production complexe
En gros, nous produisons des larves, nous sortons les alevins, nous les mettons en grossissement et nous récoltons le poisson marchand pour le marché.

La ferme de M. Attah fait partie de celles où le CNRA (Centre national de recherche agronomique) a installé des multiplicateurs dans le cadre d’un projet visant à garantir de bonnes souches aux pisciculteurs. « Dans la profession, nous étions confrontés à un manque d’alevins de bonne souche ; ceux qui existaient étant frappés de nanisme. En d’autres termes, nous avions beau grossir ces alevins, ils ne dépassaient guère les 300 grammes au bout de 12 mois, voire 18. Le CNRA a donc installé 05 multiplicateurs (Abengourou, Agboville, Daloa, Soubré et Odienné). Notre ferme a été cooptée dans le cadre de ce projet », affirme-t-il.

En ce qui concerne le processus de production, Martin indique que tout part des géniteurs que la CNRA a mis à sa disposition et qu’il est tenu de garder en état et de perpétuer. « Les géniteurs donnent des larves ; lesquels larves sont portées à taille d’alevins. Et ce sont ces alevins que nous mettons dans les eaux, dans les bassins ou dans les cages pour être nourris et grossis. En gros, nous produisons des larves, nous sortons les alevins, nous les mettons en grossissement et nous récoltons le poisson marchand pour le marché », résume-t-il le processus de production.

Avec ces variétés et les aliments qui vont avec, le cycle de production est raccourci. « Nous sommes passés de 01 an à 06 mois. Et même nous récoltons des poissons de 400 à 500 grammes à 5 mois, voire 4 mois et demi », se réjouit-il.

Quand on vend un kilogramme de poisson à 1500 ou 2000Fcfa, combien de kilogrammes d’hévéa ou de cacao faut-il vendre pour avoir un kilogramme de poisson, dans la mesure où l’hévéa subit actuellement une détérioration des termes de l’échange.
Une activité rentable

Passé d’une seule production l’année, les pisciculteurs de la trempe de Martin Attah maîtrise les variations dues aux saisons, au point de pouvoir produire tous les mois de l’année. Et bien que cette activité nourrisse son homme au sens littéral (consommation domestique) comme rhétorique (commercialisation), le secteur de la pisciculture ne suscite pas encore beaucoup d’engouement comme celui de l’hévéaculture, du cacao, du café ou encore du palmier à huile.

Pourtant le kilo de poisson qui se négocie entre 1500 et 2000 frs, selon Martin, est nettement plus rentable que celui de ces cultures de rentes. « Quand on vend un kilogramme de poisson à 1500 ou 2000Fcfa, combien de kilogrammes d’hévéa ou de cacao faut-il vendre pour avoir un kilogramme de poisson, dans la mesure où l’hévéa subit actuellement une détérioration des termes de l’échange », pose-t-il la question ironiquement pour démontrer une vérité évidente : le poisson est plus rentable que les cultures vedettes de notre agriculture.

Toutefois, la pression foncière et la pollution des cours d’eau fait que la pisciculture n’est pas à la portée de tous, notamment les jeunes.

« Le premier problème, c’est le foncier. Quand on est jeune, on n’a pas de terre. Un jeune n’a pas les moyens de créer une pisciculture. Il le fera sur la terre de qui ? Aujourd’hui, une bataille féroce est livrée autour des terres. Cet aspect des choses, c’est à l’Etat de le gérer ».

Il est de notre devoir de donner aux stagiaires qui viennent au contact du métier qu’ils vont exercer demain l’amour de ce travail.
Une expertise partagée

La production de poisson est un travail minutieux qui nécessite une grande expérience et beaucoup de savoir-faire : choisir les étangs en fonction des espèces, nourrir les alevins, les faire grossir, protéger les poissons, assurer leur reproduction…Un retour d’expérience mérite d’être transmis à ceux qui s’intéressent à l’agriculture, plus précisément à la pisciculture.

« Il est de notre devoir de donner aux stagiaires qui viennent au contact du métier qu’ils vont exercer demain l’amour de ce travail », a confié Martin qui reçoit en stage sur sa ferme des étudiants de grandes écoles.

« Je suis ici dans le cadre de mon stage dont le thème est : ‘’Le grossissement du tilapia en cage flottante’’. A l’école, c’est surtout la théorie. Mais ici en stage, nous apprenons beaucoup ; comme comment faire le sexage des alevins, par exemple », fait savoir Kouadio Ahou Fallone, titulaire d’un Bts, option élevage.

Silué Karna, un autre étudiant en stage de validation de son BTS, option production animale, sur la ferme de Martin, se réjouit d’apprendre autant. « Mon thème, c’est ‘’la reproduction en appât et en barque’’. Ce que nous apprenons ici est précieux pour la suite de notre carrière dans ce métier. Je suis vraiment content d’être ici ».


Eugénie Coulibaly S 


Rédaction