Fatim Sidimé (Présidente du réseau des agences de mannequins de Côte d’Ivoire) : « Les agences permettent aux mannequins de mieux gérer leur carrière »

Fatim Sidimé (Présidente du réseau des agences de mannequins de Côte d’Ivoire) : « Les agences permettent aux mannequins de mieux gérer leur carrière »

Soucieuses de professionnaliser le métier et la carrière de mannequin en Côte d’Ivoire, les agences de mannequins ont décidé de mutualiser leurs efforts au sein du Réseau des agences de mannequinat en Côte d’Ivoire (RAMCI). Fatim Sidimé, l’initiatrice et la présidente dudit réseau, évoque ici les actions engagées et l’évolution du métier.

Comment êtes-vous organisés au sein du RAMCI ?

Créé il y a de cela 03 ans, le RAMCI est un réseau qui compte en son sein 17 agences de mannequins et 60 mannequins free-lance. Les 17 agences comptent dans leur ensemble 300 mannequins. Le réseau permet ainsi aux créateurs de mode et autres organisateurs d’évènements de savoir où trouver des mannequins.

La présence de 60 mannequins free-lance dans le réseau s’explique par le fait qu’avant que des agences naissent, les mannequins qui existaient, de ma génération, avant ma génération et juste après ma génération, travaillaient en free-lance, directement, avec les créateurs de mode. Et aujourd’hui, ce n’est pas parce que nous avons les agences qu’il faut marginaliser ceux-ci. Donc, ces mannequins free-lance, au nombre de 60 sont partie intégrante du RAMCI, même si, bien évidemment, pour les nouvelles générations, on est définitivement à l’ère des agences.

On voit dans le regard de nos concitoyens beaucoup plus de compréhension et de respect pour notre métier. 

Il faut dire qu’avec les agences, les mannequins sont plus traçables, mieux structurés, mieux formés, et leur carrière est mieux gérée.

Les réunions au niveau du RAMCI se tiennent avec des patrons d’agences, des délégués des mannequins en agences, des délégués des mannequins free-lance homme et des délégués des mannequins free-lance femme.

Qu’est que ce regroupement a permis de changer dans le regard des Ivoiriens sur ce métier ?

On voit dans le regard de nos concitoyens beaucoup plus de compréhension et de respect pour notre métier. Au niveau gouvernemental, nous sommes pris en compte chaque fois que le ministère de la Culture s’adresse aux artistes, plus précisément aux stylistes. Et nous avons des échanges fructueux sur la façon de faire la promotion de cette profession et assurer son développement.

...Le mannequinat n’a jamais été un métier pour tous. C’est le métier qui a toujours demandé des critères.

Est-ce qu’il y a suffisamment de places dans ce métier pour tous les jeunes qui rêvent d’y faire carrière, car il y en a beaucoup ?

Il y a deux ans, nous prenions toutes les filles qui venaient vers nous, il suffisait qu’elles soient sveltes, pas forcément très minces, mais pas rondes n’ont plus.

Mais depuis deux ans, nous avons décidé de prendre des filles avec un minimum de 1m 75 et les hommes à partir de 1m 80. La raison à cela, c’est qu’il y a tellement de mannequins maintenant qu’on n’a pas un souci d’offre, nous avons plutôt un souci de demande.

Cette décision, nous l’avons prise sur proposition des créateurs de mode qui ont estimé que devant le grand nombre de candidats qui affluent vers ce métier, le critère doit être la taille.

Donc désormais, lors des castings, on ne prend que les meilleurs. Il ne faut pas faire rêver inutilement des jeunes filles et des jeunes hommes en leur donnant une formation qui ne va pas porter. 

De plus, le mannequinat n’a jamais été un métier pour tous. C’est le métier qui a toujours demandé des critères. C’est un métier occidental, on essaie de s’en accaparer et de le réorganiser un peu, mais on ne peut pas le transformer totalement. 

Vous êtes très interfacés avec les stylistes, quels sont vos rapports en général ?

Nous avons de très bon rapport avec les créateurs. Nous avons eu la chance de défilé avec Pathé O, Angybell, Reda Fawaz, Gil Touré, Etienne Marcel, Ciss Saint Moïse, etc. 

De par notre professionnalisme, nous avons développé de très bons liens avec ces stylistes que les mannequins appellent affectueusement ‘’Daddy’’, ‘’papa’’, ‘’maman’’. Donc, au-delà des relations formelles, nous avons développé des liens étroits de fraternité.

...Quand vous regarder sur les trottoirs, vous n’y verrez pas de mannequins, vous verrez beaucoup d’autres personnes qui n’ont rien à voir avec les mannequins. 

Ce qui fait que quand nous avons décidé de créer ce réseau, c’était facile d’avoir des partenariats avec l’ACMCI qui compte tous les grands créateurs de mode de Côte d’Ivoire, avec Isabelle Ano qui est l’organisatrice de l’Afrik fashion, et Miss Zahui avec le ‘’Yéhé’’, etc.

Quels sont les débouchés du mannequin, outre le T ?

Tout ce qui requiert un port impeccable de la tenue a un rapport avec le mannequinat parce que dans la formation de base d’un mannequin, on lui apprend comment se tenir. Vous avez beaucoup de mannequins qui sont des hôtesses, des hôtesses de l’air, qui travaillent dans la conciergerie...

Par ailleurs, au dernier Award du mannequinat, le ministre de l’Education nationale, Kandia Camara, a demandé qu’il y ait une école en bonne et due forme de mannequinat. Ce serait une formation qualifiante avec d’autres disciplines en amont de sorte que le mannequin soit polyvalent et qu’il puisse bien gagner sa vie.

Justement, gagne-t-il sa vie avec son métier, le mannequin ivoirien ?

En réalité, c’est un métier où l’on devrait gagner sa vie. Un mannequin professionnel, en Côte d’Ivoire, gagne au-dessus du SMIG en un seul défilé. Or il peut se retrouver à faire deux ou trois défilés dans le mois. Au final, tout est donc une question d’organisation.

Le conseil que je donne, pour avoir fait mes propres armes sur le terrain, c’est qu’il faut avoir un très bon business plan. Le business plan ne relève pas d’une intelligence particulière, mais il vous permet de noter vos charges quotidiennes, hebdomadaires et mensuels ainsi que vos avoirs et de voir qu’un business qui n’est pas productif vous coure à la ruine.

Ensuite, je conseille d’être polyvalent. Quand vous rentrer à Sydney conceptuel, au-delà de l’agence de Mannequinat, nous proposons des hôtesses et des auxiliaires, nous faisons du mangement, du lobbying, de la décoration évènementielle. Nous organisons des évènements et faisons de la production audio-visuelle. Nous ne sommes pas restés accrochés à une seule chose, sinon on n’aurait pas pu avec les différentes charges.

Des préjugés contre votre métier dans un pays comme le nôtre où le poids de la tradition est considérable existent forcément. Que leur répondez-vous ? 

Non, il n’y a pas de proposition indécente. Au bout de 10 ans de carrière, je n’ai pas eu de proposition indécente.

Oui, cela ouvre des portes. Aujourd’hui, j’organise un évènement au palais des congrès de l’hôtel Sofitel Ivoire grâce à des mécènes qui suivent mon parcours et mon travail.

Non, cela ne nous pousse pas dans les bras des gens. Parce que quand vous regarder sur les trottoirs, vous n’y verrez pas de mannequins, vous verrez beaucoup d’autres personnes qui n’ont rien à voir avec les mannequins. Loin de moi l’idée de juger des personnes.

Avec le mannequinat, c’est avant tout l’éducation de la personne qui entre en ligne de compte. Mon père m’a toujours répété ceci : ‘’Fatim tu es venue me trouver avec mon nom. Si tu ne peux pas m’aider à le rendre plus grand, tout ce que je te demande, ne le descend pas’’. On avait droit à ce sermon toutes les semaines. A force de l’entendre, vous l’intégrez et cela vous permet de savoir où vous aller, de connaitre les limites à ne pas franchir.

Un mannequin est-il synonyme de belle personne ?

Je ne sais pas ce que c’est que la beauté, mais je sais que c’est très relatif. Mais c’est vrai que le mannequinat est dans ce sens-là lié à la beauté. Mais dans le sens commun de la beauté que j’entends dire non. Parce que vous avez des mannequins qui sont très typiques ou si vous voulez très typés des fois. Les gens vont dire que la personne est moche alors qu’elle est très typée. 

Rédaction