N’Dri Constant, albinos et homme d’affaires ; ‘’ En tant qu’albinos, on évite le secteur de la restauration quand on veut investir ’’

N’Dri Constant, albinos et homme d’affaires ; ‘’ En tant qu’albinos, on évite le secteur de la restauration quand on veut investir ’’

Ancien fonctionnaire et albinos, N’dri Constant a démissionné de la fonction publique pour s’investir dans les affaires. Un choix assumé malgré les écueils et les préjugés qui jalonnent la vie des albinos. Vous êtes préparateur-gestionnaire de pharmacie de formation et avez été fonctionnaire. Qu’est-ce qui vous a poussé à quitter la fonction publique ?

Vous êtes préparateur-gestionnaire de pharmacie de formation et avez été fonctionnaire. Qu’est-ce qui vous a poussé à quitter la fonction publique ?

Je vais vous dire une chose, le salaire ne peut pas permettre au travailleur de réaliser ses rêves. Il permet juste de vivre décemment. Pour être riche, il faut travailler pour soi-même ; et comme j’aspire à la richesse, j’ai donc démissionné de la fonction publique.

Pourtant, à l’inverse, on a beaucoup de jeunes qui rêvent d’intégrer la fonction publique comme l’atteste le nombre de candidats aux différents concours organisés par le ministère de la Fonction publique.  

Oui, c’est vrai ! Mais qu’ils sachent qu’il y a une différence entre être riche et être salarié. Voyez-vous, une vendeuse d’attiéké qui s’en sort avec 15.000Fcfa comme bénéfice, n’a rien à envier à un cadre de l’administration publique. Parce qu’avoir 450.000Fcfa par mois n’est pas permis à tous les fonctionnaires.

Sur la voie de l’entrepreneuriat, vous avez eu surement à surmonter de nombreux préjugés en tant qu’albinos… 

Ainsi va la vie. Si certaines personnes pensent qu’être albinos est un crime cela n’engage qu’elles. Dieu nous a tous créés de la même manière ; et si pour l’absence de mélanine on doit être rejeté…La discrimination, il faut le dire, commence dans nos propres familles.

Ah bon !

Oui ! Certains membres de notre communauté ont été rejetés par leurs propres parents à cause de la couleur de leur peau. Certains sont traités comme des parias. Si tu es rejeté par tes propres parents attends toi à ce que d’autres aussi te rejettent. Avec tous ces préjugés, quand tu veux t’investir dans un business, il faut éviter le secteur de la restauration parce que les gens ne viendront pas manger. Certaines personnes dès qu’elles vous voient se mettent à cracher. Or on peut avoir les gènes dans le sang sans le savoir. J’ai une amie qui a été déshéritée par ses parents qui avaient honte d’elle. Aujourd’hui, celle-ci vit dans le dénuement total alors que son cousin qui a hérité de ses parents mène une vie de pacha.

Quelle a été votre première activité lorsque vous avez quitté la fonction publique ?

J’ai été engagé gestionnaire d’une pharmacie à Abengourou dont je préfère taire le nom. J’ai travaillé pratiquement une année et je suis parti une année après parce que le propriétaire confondait la caisse et sa poche. A mon départ,il m’a remis la somme de 400.000Fcfa. Avec cette somme, j’ai ouvert une quincaillerie dans un village d’Abengourou. Au début, c’était difficile mais au bout d’un an quand j’ai fait mon inventaire, j’avais un stock de produits d’une valeur de 1.540.000Fcfa.

Une performance ! 

Oui. C’est grâce à ma rigueur que j’y suis parvenu. Mais figurez-vous que deux ans après, je suis tombé malade.

De quoi souffriez-vous ? 

De la sciatique. J’étais dans l’obligation de me faire opérer. L’opération a couté plus d’un million. Elle m’a pratiquement ruiné. Il fallait repartir à zéro. C’est ainsi que je suis venu à Abidjan. A Abidjan, je voulais relancer mes affaires mais c’était dur, je n’avais plus rien.

Comment vous êtes-vous relancé parce qu’apparemment tout semble aller ?

J’ai dû faire un retour au village où je me suis investi dans le vivrier. Avec un peu de moyen, je suis revenu à Abidjan. J’ai ouvert plusieurs coins d’Orange-Money et une auto-école. Aujourd’hui, j’ai une seconde école de formation automobile située à Songon-Agban.

Quel est le secret de votre réussite ? 

On ne peut pas réussir sans discipline. Il faut être discipliné. C’est la première ressource financière. Vous pouvez avoir des millions mais sans discipline, vous n’arriverez à rien. Les jeunes de plus en plus s’engagent dans l’entrepreneuriat mais beaucoup échouent par manque de discipline. Qu’espérer si l’on prend l’argent que rapporte son activité pour faire la belle vie.  


Interview réalisée par Eugénie Coulibaly 

Rédaction