image « Nous avons réussi à nous imposer comme une organisation qui compte »

Djibril Camara


Président de l’Association des gestionnaires des ressources humaines de la Zone Industrielle de Yopougon

« Nous avons réussi à nous imposer comme une organisation qui compte »

« Nous avons réussi à nous imposer comme une organisation qui compte »

A peine un an d’existence. Et déjà l’Association des gestionnaires des ressources humaines de la zone industrielle de Yopougon compte 120 GRH en son sein avec plus de 80 entreprises associées. Dans le sillage du 15 octobre, date anniversaire de la création de ladite association, Djibril Camara, le Président revient sur une année au pas de course, riche en activités et en perspectives.

D’où est venue l’idée de mettre sur pied une telle amicale ?

Je suis arrivé à la zone industrielle il y a de cela 4 ans. La chose qui m’a frappé en premier lieu, ce sont les murs. Il y’a beaucoup d’entreprises au Plateau mais vous ne verrez pas de murs entre elles. A la zone industrielle, j’ai remarqué qu’il n’y avait pas d’interaction entre les gestionnaires des ressources humaines, à tel point que vous pouviez avoir deux entreprises voisines sans que les GRH qui sont en poste depuis 20 ans ne se connaissent.

Chacun était dans sa bulle alors que la particularité de ce métier, c’est qu’il évolue très vite. Et vivre en autarcie faisait que les GRH perdaient leur employabilité, en étant en déphasage avec les nouvelles évolutions de la fonction. En termes de challenges, du fait qu’ils n’étaient pas à jour, des jeunes diplômés pouvaient venir ravir leur place rapidement.

Fort de ce constat, je me suis donné pour objectif de créer un cadre qui pouvait faire tomber les murs entre les différents GRH de sorte qu’ils soient constamment en interaction. Et ç’est à partir de la mi-août 2016 que les démarches ont commencé…

Je suppose que cela n’a pas été facile de briser ces barrières.

Bien entendu. Au départ, j’avais besoin de résoudre deux problèmes.

Le premier était relatif au lieu où nous pourrions nous rencontrer. J’ai pris attache avec la directrice de la CNPS (Caisse nationale de la prévoyance sociale) de Yopougon qui a bien voulu permettre que nous ayons nos rencontres à la salle de formation de ladite structure. Une fois le lieu acquis, nous avons arrêté une date pour la première activité de formation autour de la question de la gestion des journaliers. C’est une problématique cruciale qui concerne beaucoup d’entreprises de la zone.

A partir de là, il fallait régler le second problème qui était la mobilisation de mes pairs autour du projet. J’ai commencé à sillonner les entreprises entre midi et deux.

Ce n’était pas facile parce qu’il y avait des entreprises qui avaient des consignes strictes à la guérite. Cependant, avec la persévérance, j’ai pu rencontrer certains. Ainsi, à la première activité, le 15 août, nous étions une trentaine. Et à ce jour, nous sommes 120 membres avec plus de 80 entreprises associées.


Quel est à l’heure actuelle le profil dominant des RH de la Zone Industrielle ?

La tendance est au renouvellement, à la jeunesse, étant donné que la fonction évolue. Il s’agit d’une vieille zone industrielle qui a vu passer beaucoup de nos aînés. D’autres sont sur le départ. Mais en gros, la communauté RH de la Zone Industrielle est une grande population de jeunes.

Vous l’avez dit, vous œuvrez au rapprochement des GRH de la Zone, mais quels sont vos objectifs de façon plus spécifique ?

Disons que nous avons 05 objectifs majeurs. Le premier, c’est le partage des bonnes pratiques. Les workshops que nous organisons chaque deux mois nous permettent d’atteindre ce but. Pour le prochain workshop, par exemple, un expert RH viendra nous expliquer comment manager les ressources humaines. Parce qu’en l’état actuel des choses, il y’a plus d’administration du personnel en milieu industriel que de management des ressources humaines. L’objectif est donc de permettre à nos pairs de faire la migration de l’administration du personnel vers le management des RH.

Le deuxième objectif, c’est le partage d’expériences, parce que l’expérience varie d’un secteur à un autre. Les afterwork que nous organisons à cet effet se font tous les deux mois. Nous les alternons donc avec les workshops.

Le troisième objectif vise à bâtir un réseau professionnel. Aujourd’hui, nous nous connaissons plus ou moins grâce à l’amicale.

Le quatrième objectif, c’est l’entraide entre nous.

Le cinquième objectif vise à permettre la création d’une base de données de compétences qui renforce l’employabilité de nos membres.

Vous évoquiez la question des journaliers. Jusqu’à quel point cette particularité impacte la gestion des ressources humaines dans la zone industrielle ?

C’est une problématique spécifique à la majorité des DRH qui n’externalisent pas. Toutes les entreprises industrielles ont des temporaires, mais certaines entreprises externalisent avec des structures de prestataires de main-d’œuvre. Mais, présentement, la majorité des entreprises de la zone n’externalisent pas. Donc, le personnel temporaire ou journalier est géré par les Ressources Humaines. C’est une problématique parce qu’ils ont un mode de gestion qui est différent. Il y’a une convention collective qui traite spécifiquement de leur cas. Et tous les gestionnaires des ressources humaines n’ont pas toujours la compétence et le savoir-faire pour les gérer. C’est pour cela que nous avons mis ce thème en avant dès le premier workshop. Après, nous avons eu d’autres thèmes sur le nouveau code du travail car tout le monde n’est pas à jour là non plus. Et ainsi de suite, de nouveaux thèmes s’égrènent chaque mois.

A l’approche de ce premier anniversaire de l’amicale, quel bilan vous en faites ?

Le bilan est flatteur pour une organisation qui a à peine 1 an. Si nous regardons le nombre de membres que nous avons, le nombres d’entreprises associées, le nombres d’activités, etc., nous avons des motifs d’être fiers.

En ce qui concerne la formation des membres et l’amélioration de leur employabilité, le bilan est positif. Car nos activités sont beaucoup plus académiques que ludiques. Nous ne nous amusons pas beaucoup parce que nous estimons que notre fonction est une fonction importante où l’on gère la vie des gens. Nous pensons qu’il faut faire en sorte que les gestionnaires des ressources humaines soient au top niveau dans la conduite de leur fonction. Certains parmi nos membres aiment à rappeler qu’avant les activités ils se croyaient être à 80 % de performance, mais que depuis lors, avec les activités, ils se sont rendus compte qu’ils étaient à peine à 20%.

En termes de création d’un réseau professionnel, le bilan est largement positif. Idem pour la facilitation de l’insertion professionnelle. Nous avons constamment des annonces par le biais de notre base de données e-mail.

A ce jour, nous sommes une des rares organisations des ressources humaines à tenir une activité chaque mois. En moins d’une année, nous avons réussi à nous imposer comme une organisation qui compte, le bilan est largement positif.

Quels sont les perspectives à court, moyen et long terme ?

A court terme, il s’agit de faire en sorte d’avoir 200 membres et 150 entreprises associées et nous y travaillons. Nous avons un siège offert par un membre de l’amicale dans une entreprise, nous souhaiterions avoir un siège propre avec un secrétariat permanent. Notre souhait est de créer aussi une synergie avec les employeurs. Certes, l’urgent, ce sont nos membres qui se doivent d’avoir du répondant afin de mériter le respect des employeurs. Nous sommes donc focalisés sur eux pour l’instant, mais il est primordial de bâtir une relation prospère avec nos patrons dont certains nous accompagnent déjà.

Pour le moyen et le long terme, je n’ai pas la légitimité pour en parler dans la mesure où nos mandats ne sont pas longs.

Comment on adhère à l’AGRH ?

Pour adhérer à l’AGRH, il faut être un GRH de la commune de Yopougon, payer un droit d’adhésion de 5000 francs CFA et des cotisations trimestrielles de 10.000 francs CFA. Cela donne droit à toutes les activités, ainsi qu’à des certificats de fin de formation qui valent leur pesant d’or dans la corporation.

Votre expérience réussie pourrait faire tache d’huile…

Je n’en serai que très fier. Je suis prêt à partager mon expérience, prêt à aider à la création d’amicales de GRH tant que celles-ci se reconnaitront dans les organisations nationales, car nous à l’AGRH, nous nous reconnaissons dans le RIGRH (Réseau ivoirien des gestionnaires des ressources humaines) dirigé par M. SORO Souleymane.

Marius Tanoh