Poterie de Tanou Sakassou : technique unique, pièces uniques

Poterie de Tanou Sakassou : technique unique, pièces uniques

A quelques encablures de Bouaké, sur l’axe menant à M’Bahiakro, se niche Tanou Sakassou. Village pittoresque de potiers inhabituels à la technique singulière et bien affinée.Avec un personnel de 24 artisans permanents, la coopérative de Tanou Sakassou, la seule qui compte des hommes en son sein,(17 femmes et 7 hommes), est devenue l’ambassadrice de la poterie artisanale de notre pays aux USA et en Europe. Selon le président de la coopérative M. Koffi Julien, 90% des pièces vendues le sontdans ces pays. De plus, les potiers de Tanou Sakassou ont été invités en 1998 à exposé et faire des démonstrations, pendant 3 semaines,à l’African Art History Museum de Chicago (USA). La coopérative a aussi travaillé avec 3 autres musées américains et elle est régulièrement invitée aux foires internationales, dont celle de Paris.

Matière première en poterie, l’argile utilisée à Tanou Sakassou provient d’une carrière à deux km du village.Les potiers creusent eux-mêmes à l’aide de pioches, de dabas, de pelles, jusqu’à deux mètres de profondeurs. L’argile des termitières très solide, mais trop lourd, est évitée soigneusement.

L’argile transportée au village est séchée, tamisée pour obtenir la poudre d’argile qui est de l’argile pur séparée des grains de sable et des résidus de racines.

L’argile est ensuite mouillée et stockée dans les sacs en plastiques. L’argile est mouillée en fonction de la taille de la pièce que l’on veut. S’il s’agit de pièces en hauteur, l’argile sera mouillée de sorte à être dure, mais s’il s’agit de petites pièces, la matière sera mouillée de sorte à être légère, donc plus malléable.Puis, l’on attend 24 heures au moins avant d’utiliser l’argile mouillée afin d’éviter que les pièces montées ne se fendent.

La technique du colombin est la base du montage des pièces de poterie de Tanou Sakassou. Cette technique consiste à former des petits pains d’argile qui sont ensuite montés les uns sur les autres pour donner la forme souhaitée à la pièce, au fur et à mesure. Tout le travail est fait à la main suivant le même procédé quelle que soit la pièce à monter.

La pièce encore fraîche est décorée à l’aide de baguettes de bambou taillées en fonction des motifs que l’on veut imprimer.

Une fois décorée, la pièce est mise de côté pour sécher légèrement. Puis vient le travail de finition, c’est-à-dire enlever le surplus d’argile et donner à la pièce un poids précis en fonction de sa taille et de son utilisation.

Cette étape est suivie par le polissage qui consiste à faire briller la pièce et la rendre douce au touchée avec des gaillets trouvés près des grands fleuves tel que le N’Zi ou la Comoé.

Une fois un grand nombre de pièces ont été polies, les potiers passent à la cuisson. Cette étape cruciale a lieu la nuit. La cuisson dure 8 heures de temps. Elle peut commencer à 19 heures et se terminer au petit matin. Tout ce temps, les potiers veillent sur la poterie dans le four comme du lait sur le feu, alimentant le feu au fur et à mesure. Les pièces qui sortent du four sont de couleur rouge -brique. Pour obtenir la couleur noire typique de la poterie africaine, une autre cuisson est faite à l’air libre cette fois-ci avec un feu d’écorces de bois et de nervures de palmes séchés. Toujours dans la quête d’une couleur noire d’ébène, les pièces sont à nouveau recouvertes et brûlées à l’aide de son de riz.

Pour avoir le noir parfait, les pièces sont encore plongées dans une solution froide à base d’une écorce de la région appelée en baoulé ‘’séa’’ ou ‘’toupké’’ pour ceux qui font la poterie. Passant du chaud au froid, la pièce boue et l’on obtient le noir brillant. Les nuances de couleur sont très belles quand elles réussissent. Ce sont des pièces uniques, mais elles tiennent un peu du hasard car il est difficile de reproduire textuellement de pièces avec la même nuance. Après toutes ces opérations, les pièces sont lavées et exposées. Contrairement aux formes rondes généralement convenues de la poterie artisanale africaine, les potiers de Tanou Sakassou produisent tout type d’ustensile de toutes formes : jardinières, vases, tasses, assiettes, soupières… Tout est fait pour satisfaire le client.

Anne Sophie Kouakou