Traoré Youssouf, constructeur-fabricant de Gbaka

Traoré Youssouf, constructeur-fabricant de Gbaka

La capacité des mécaniciens et autres spécialistes de l’automobile en Côte d’Ivoire de fabriquer des véhicules n’a jamais été aussi palpable. Pour le moment ne rêvez pas de range rover ou de 4x4 mais de Gbaka (minicar de transport) prisé par les couches sociales modestes. Dans la commune d’Abobo, précisément au quartier Plaque-Anador sur le l’autoroute menant à Adjamé, un artisan qui y tient son garage depuis maintenant deux décennies est bien connu des transporteurs. Sa particularité ? C’est le recyclage des Gbaka. Lui, c’est Traoré Youssouf.

L’histoire de cet homme aurait pu ressembler à celle de tous les jeunes qui ont vite quitté l’école par manque de moyens financiers et qui malheureusement n’ont pu s’insérer dans le tissu socioéconomique. Mais à force de travail, Traoré Youssouf s’est bâti une réputation de constructeur-fabricant de Gbaka. C’est peut-être improbable que le premier producteur de voiture "made in Côte d’Ivoire", ne soit pas passé par une école de formation, mais Traoré Youssouf l’est réellement.

Dans son garage à ciel ouvert, connu par tous les chauffeurs de Gbaka qui n’hésitent pas à lui demander des services, l’on trouve plusieurs Gbaka en construction ou en reconstruction.

Histoire d’un génie

Ce géni-créateur se lance dans l’apprentissage de la tôlerie dans les années 80. Après une décennie d’apprentissage, il s’installe à son propre compte en 1992. « C’est en 1992 que je me suis installé à mon propre compte pour devenir mon propre patron. Les choses étaient difficiles, mais il fallait s’accrocher car je n’avais pas d’autres choix. Mais comme je faisais bien mon travail, les gens venaient me confier leurs travaux », raconte-il. Avec le temps, il va se spécialiser en mécanique auto dans ce domaine, faisant montre de son génie. Peu à peu, il se met à penser à la construction d’une voiture, mais à l’époque les pièces automobiles sont onéreuses.

  • Traoré Youssouf dans devant la carcasse d’un Gbaka

Avec le boom de l’importation des pièces automobiles détachées qui proviennent des pays limitrophes, il décide de donner forme à ses projets, c’est-à-dire fabriquer sa propre voiture. « J’ai utilisé du matériel local pour monter un Gbaka. Pour le moteur et autres accessoires, je me suis tourné vers les vendeurs de pièces détachées qui sont à la casse d’Adjamé. Quand j’ai fini de fabriquer ma propre voiture, j’ai invité deux conducteurs à tester le premier prototype que j’ai mis sur pied », explique-t-il. La voiture aux dires des témoins à effectivement fonctionner pendant plusieurs mois sans tomber en panne. Aujourd’hui, les commandes venant des transporteurs commencent à affluer.

Je suis prêt à former tous ceux qui veulent apprendre

« J’avoue que ça été difficile, certaines personnes ont tenté de me décourager mais j’y aie cru. Aujourd’hui, je suis prêt à former des jeunes qui veulent apprendre la tôlerie ou la mécanique. Ils (jeunes) pourront faire mieux que moi s’ils sont patients et ont de la volonté », affirme Traoré Youssouf. Selon les témoignages, aucun client jusqu’à ce jour ne s’est plaint.  

 La Côte d’Ivoire, certes, n’est pas un pays de tradition manufacturière mais le génie-créateur de Traoré Youssouf augure de lendemains meilleurs, le jour où les politiques voudront soutenir ce genre d’initiative.

Aaron KANIE

Rédaction