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« L’ouvrier mérite son salaire »

Il arrive que des adages par leur pertinence ou impertinence se popularise, s’universalise et s’éternise… Celui qui dit que « l’ouvrier mérite son salaire » en fait certainement partie. La vérité crue qui s’en dégage n’est-elle pas, du reste, imprimée dans le droit ?

Dans le cadre d'un contrat d'emploi, « le salaire est l'ensemble des rémunérations ou des prestations fournies par un employeur à chacun de ses salariés en rétribution de leurs services. Il constitue la contrepartie nécessaire de la relation de travail », nous explique le dictionnaire de droit privé.

Ainsi, autant le statut général du fonctionnaire garantit au personnel de l’administration publique des acquis salariaux, autant le code du travail garantit un salaire minimum, SMIG et SMAG, aux travailleurs du privé et protège leurs intérêts.

D’ailleurs, en cas de non-respect de ce principe fondamental d’équité social qui impose une rémunération dans les relations de travail, le travailleur dispose d’un éventail de leviers pour défendre ses intérêts, dont la grève et le recours à l’Inspection générale du travail.

Il en va de même pour les professions libérales. Les avocats, les architectes, les géomètres experts, les experts-comptables…. Tous sont régis par des Ordres qui veillent à la bonne pratique du métier et à leurs intérêts vitaux. Les médecins privés ivoiriens qui relèvent aussi de l’Ordre des médecins de Côte d’Ivoire à l’instar de leurs collègues du public, fixent eux-mêmes leurs honoraires de concert avec les cliniques privés.

Les exploiteurs prolifèrent au grand dam de ceux qui ont choisi de vivre dignement de leurs deux mains, de leur art, de leur savoir-faire, de leur métier, à la sueur de leur front

Tous ces travailleurs méritent bien évidemment leur salaire !   

Mais dans un monde profondément capitaliste ou tout se mesure à la taille et au nombre des billets de banques, disons des Francs CFA pour ce qui concerne notre pays, les exploiteurs prolifèrent au grand dam de ceux qui ont choisi de vivre dignement de leurs deux mains, de leur art, de leur savoir-faire, de leur métier, à la sueur de leur front.

L’exploiteur, le mauvais payeur, si on regarde bien, se cache aussi en chacun de nous.   

Et ne croyez surtout pas que ce profiteur ignoble, ce vampire qui se repait du sang de ses semblables, c’est seulement le patron malintentionné qui sous-payent ses collaborateurs, en deçà du SMIG et du SMAG, accumulent les arriérés de paiement après les avoir fait trimer à la limite du supportable. Tout en s’offrant le dernier bolide en vogue. 

L’exploiteur, le mauvais payeur, si on regarde bien, se cache aussi en chacun de nous.

Le salarié du public ou du privé qui est prêt à débrayé quand ses intérêts sont menacés n’hésitent pas à son tour à refiler avec condescendance des clopinettes au plombier qui vient réparer son évier, un dimanche de surcroit. Il oublie que celui-ci vit de cette activité et que, comme lui, l’ouvrier mérite son salaire.

Avec un complexe de supériorité agaçant, nous regardons de haut ces hommes et femmes exerçant des soi-disant ‘’petits métiers’’ des lors que ceux-ci ont la prétention d’exiger un juste salaire.

Qui d’entre nous n’a jamais sursauté en entendant la facture très raisonnable d’un homme de métier qui vient de le dépanner. Avec un complexe de supériorité agaçant, nous regardons de haut ces hommes et femmes exerçant des soi-disant ‘’petits métiers’’ des lors que ceux-ci ont la prétention d’exiger un juste salaire.

Veillons bien à enlever la poutre qui est dans nos yeux avant de voir la paille qui est dans les yeux des chefs d’entreprises. Ces servantes sous-payées sous toutes sortes de prétextes. Ces cousins et frères qu’on fait venir du village pour gérer nos petites affaires moyennant juste le couvert et le toit, sans perspective d’avenir, et dont on flétrit avec des incantations l’ingratitude dès lors qu’ils expriment quelques velléités salariales.

Et quand ces éternels ‘’petits’’ dont les métiers sont dévalorisés, dont les efforts ne sont pas récompensés, se perdent en route, la faute à qui ? A leur manque d’humilité et de patience, à leur avidité, les condamnons-nous.

Disons-le, le juste salaire est un combat de tous pour tous. Disons non à cette forme d’exploitation qui asservit les mentalités et alimente la dynamique du sous- développement !